14 Mai 2026
Ce récit est une évocation construite à partir de traces historiques fragmentaires.
J’ai découvert son histoire — et notre lien familial — un peu par hasard, au détour d’un livre acheté en brocante. Intriguée, j’ai voulu en savoir davantage sur elle. J’ai alors entrepris quelques recherches dans les registres de Kampenhout et, ô surprise… elle est ma dix fois arrière-grand-mère 😯
Apprendre qu’un membre de sa propre famille a connu une fin si cruelle suscite inévitablement un sentiment d’injustice, de tristesse et de colère. J’ai donc voulu raconter son histoire, pour que l’on se souvienne d’elle comme d’une femme ayant réellement existé, avec son travail quotidien, sa famille, ses amis… et ses délateurs.
Il y a des lieux qui portent encore des traces fortes.
Le Treurenberg, aujourd’hui paisible et largement transformé depuis le 16ème siècle, évoque encore pour moi un autre temps — celui où la justice, la rumeur et la peur se mêlaient étroitement dans la ville et les villages des alentours de Bruxelles.
C’est dans ce décor que commence l’histoire de Josine van Vlasselaer, épouse d’Aert van Beethoven.
Josine est née vers 1540, dans le hameau de Berg-heide, à Kampenhout.
Josine, notre Sosa 5317, son mari, Aert van Beethoven, de 10 ans son aîné, vivent à Kampenhout, une vie simple de paysans, ils y ont fondé leur famille et ont 4 enfants, Hendrik, Marc ( mon ancêtre), Lambert et Anna. Aert et Josine ont une ferme à Relst, la ferme est prospère, ils en sont les propriétaires et achètent des terres afin d'agrandir leur exploitation.
Ils habitent vers la Aarschotsebaan, le Paddesip et la ferme ter Loonst.
On essaie de remonter le temps, tout n'est pas rigoureusement correct, le but étant de se remettre dans l'ambiance de l'époque.
Le Berg-heide où est née Josine se situe non loin du Torfbroek, qui est aujourd'hui une réserve naturelle où nous aimons nous promener.
Berg, en 1777, sur la carte de Ferraris, source: https://www.kbr.be/fr/projets/la-carte-de-ferraris/
Le contexte
Arrivent ensuite les rumeurs ..
Au cœur du Brabant de la fin du XVIᵉ siècle, les tensions sont nombreuses. Les peurs collectives, les maladies, les conflits religieux et les incertitudes du quotidien nourrissent un climat où la suspicion peut rapidement devenir accusation.
Dans ce contexte, le nom de Josine van Vlasselaer, épouse d’Aert van Beethoven, apparaît dans les registres judiciaires de l’époque. Elle vit à Kampenhout, non loin de Bruxelles, dans une région où les autorités surveillent étroitement les comportements jugés suspects ou inexplicables.
À l’été 1595, Josyne van Vlasselaer est suspectée de sorcellerie.
L’affaire attire l’attention de Jan Baptist Van Spoelberch, bailli de Kampenhout, chargé d’appliquer les ordonnances royales de Philippe II concernant la répression des pratiques de sorcellerie.
Le 5 août 1595, elle est arrêtée et conduite en détention.
Les accusations portées contre Josine relèvent des pratiques attribuées à la sorcellerie dans le contexte de l’époque :
Elle nie les faits.
L'accusation
"Josijne van Vlasselaer als huysvrouwe Aerts van Beethoven, woonende tot Campenhout, is byden voirsch. meyer geapprehendeert wordden door de groote fame, suspitie en inditie van toeverye, de welcke den voersch. Amptman gelevert synde, is soeverre tegen de selve geprocedeert,dat zij ten leste is gecondemneert metten brande waervan by den selven meyer confiscatie van goederen der voersch. gehuysschen ten behoeff van zijn Majesteit in arreste genoemen"
Josijne van Vlasselaer, épouse d’Aert van Beethoven, demeurant à Campenhout, a été arrêtée par ledit bourgmestre ( Jan Baptist van Spoelberch) en raison de la grande rumeur, suspicion et indices de sorcellerie à son encontre.
L’affaire ayant été remise à l’officier compétent, il a été procédé contre elle de telle manière qu’elle fut finalement condamnée au feu.
Ses biens ont été confisqués par le bourgmestre au profit de Sa Majesté.
La prison du Treurenberg
Elle est d’abord enfermée à Bruxelles, dans la prison du Treurenberg.
Les sources décrivent un lieu de détention civile, où les prisonniers peuvent être interrogés et retenus dans le cadre de procédures judiciaires.
C’est là que commence la phase d’instruction de son procès.
Détention à la Steenpoort
Le 18 août 1595, elle est transférée à la Steenpoort, un autre lieu de détention judiciaire.
Elle y est soumise à interrogatoire dans des conditions extrêmement dures, conformément aux pratiques judiciaires du temps.
Dans ce même secteur du bas de la ville médiévale, l’église Notre-Dame de la Chapelle, déjà présente à l’époque, se trouvait à courte distance de l’ancienne Steenpoort, porte de la première enceinte de Bruxelles
À proximité de l’ancien tracé de la Steenpoort, vestige de la première enceinte de Bruxelles, se trouve encore aujourd’hui la Tour Anneessens, un des rares témoins de la seconde enceinte médiévale.
Le verdict et la sentence
Sous la torture, elle finit par avouer et est condamnée au feu.
Elle sera brûlée sur le bûcher, sur la grand place de Bruxelles, le 13 septembre 1595.
La veille de son éxécution, elle avale des tessons de poterie pour une ultime tentative d'échapper à son triste sort.
Josyne van Vlasselaer n’est pas seulement un nom dans un registre judiciaire. Elle appartient à cette ville encore visible aujourd’hui, entre la Chapelle, les anciennes portes de la Steenpoort et les traces des remparts. Marcher dans ces rues, c’est aussi, quelque part, traverser son histoire.
Et après ..
Après et bien, Aert du payer, oui, oui !! Aert donc du rembourser les frais de jugement et d'éxécution de son épouse et se vu également confisquer la moitié de ses biens .. par un certain van Spoelberch ..
Il se marie 5 ans plus tard avec Pierine Geerts avec qui il aura un cinquième enfant, Jan.
Aert décède 8 ans plus tard.
van Beethoven .. von Beethoven ???
Oui, il y a un lien !!
Aert et Josine sont en effet les 6 fois arrière-grand parents de Ludwig.
Son ascendance est à voir sur mon Geneanet.
Le quartier du Sablon, déjà structuré au XVIᵉ siècle, forme encore aujourd’hui un maillage urbain qui reliait la ville haute aux anciennes zones défensives de Bruxelles.
L’église Notre-Dame du Sablon, déjà au cœur de la vie religieuse et sociale de Bruxelles à la fin du XVIᵉ siècle, se situe dans le même réseau urbain qui reliait la ville haute aux anciennes portes comme la Steenpoort.
Pour la réhabilitation de mon aïeule, pour la mémoire de Josine
Dans les archives anciennes du Brabant, le nom de Josine van Vlasselaer apparaît comme celui de tant d’autres femmes dont l’histoire a été brisée par les peurs de leur temps.
En 1595, dans le village de Kampenhout, Josine est accusée de sorcellerie. À cette époque, les campagnes européennes vivent encore au rythme des croyances, des maladies mal comprises, des peurs collectives et des tensions sociales. Il suffisait parfois d’un soupçon, d’une rumeur, ou d’un regard différent pour qu’une vie bascule.
Rien, dans ce que les archives ont laissé, ne permet de percevoir Josine comme une criminelle. Elle apparaît plutôt comme une femme prise dans un système où l’inexplicable devait trouver une cause, et où cette cause était trop souvent cherchée du côté des femmes isolées, différentes, ou simplement vulnérables.
Aujourd’hui, avec le recul de plusieurs siècles, il ne s’agit plus de juger ces événements avec les yeux de l’époque, mais de les comprendre. Les procès pour sorcellerie ne disent pas seulement quelque chose des personnes accusées : ils racontent surtout les peurs et les mécanismes sociaux de leur temps.
Réhabiliter Josine van Vlasselaer ne signifie pas rouvrir un procès impossible. Cela signifie lui rendre une place dans la mémoire, lui redonner une dignité que l’histoire officielle a effacée. C’est reconnaître que derrière ce nom se trouvait une personne réelle, avec une vie, un quotidien, et probablement des liens, des gestes simples, des espoirs, une famille !!
Se souvenir d’elle aujourd’hui, c’est aussi refuser que ces histoires restent uniquement des notes marginales dans les registres anciens. C’est accepter de regarder notre passé avec lucidité, et parfois avec humilité.
Peut-être que la véritable réhabilitation est là : dans le fait de prononcer à nouveau son nom, non plus comme une accusation, mais comme une présence retrouvée dans notre mémoire collective.
Quittons Josine, tranquillement, sur une musique composée par son 6 fois arrière petit fils, Ludwig :O)